13 mai 2007

Ontologie de la Photographie

Dans La chambre claire, Note sur la photographie, Roland Barthes se demande quelle est la nature de la Photographie, son génie propre. Il définit d'abord les notions de studium et de punctum, la première désignant l'intérêt culturel que le spectator peut trouver dans une photographie, et la seconde s'identifiant à un détail né du hasard et qui provoque une meurtissure conférant une vie extérieure à la scène limitée par le cadre ("une sorte de hors-champ subtil").
Ayant ainsi distingué dans la Photographie deux thèmes (car en somme les photos que j'aimais étaient construites à la façon d'une sonate classique), je pouvais successivement m'occuper de l'un et de l'autre.
Il comprend quelle est l'essence de la Photographie en découvrant une vieille photographie montrant sa mère enfant (Barthes a perdu sa mère deux ans avant l'écriture de ce livre, à la fois théorique et affectif).
[...] cette photographie du Jardin d'Hiver était pour moi comme la dernière musique qu'écrivit Schumann avant de sombrer, ce premier Chant de l'Aube, qui s'accorde à la fois à l'être de ma mère et au chagrin que j'ai de sa mort [...]
Il en déduit que le génie de la Photographie est de pouvoir fixer un moment doté d'une existence réelle (au contraire des images en mouvement où ce moment disparaît dans une suite continue d'images) ; elle est donc un témoin (mortel) de ce qui a été ; elle peut faire surgir la vérité de la réalité (par hasard ou si le photographe a du talent).



Roland Barthes est mort le 25 février 1980 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, un mois après que la camionnette d'un blanchisseur l'eut fauché dans la rue des Ecoles, à Paris.




(Im ruhigen Tempo, 1er chant de l'aube, op. 133, interprété par Maurizio Pollini)

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