Episode VI
Paris était dévasté. Des débris de toute sorte jonchaient les avenues désertes. Un trou béant défigurait l'Hôtel de Ville. A deux pas, au milieu des pavés, un cercle de bourgeois se livrait à des plaisanteries graveleuses en souillant le cadavre d'une femme à l'aide d'une baïonnette. Un enfant sanglotait à leurs pieds en implorant leur pitié. Désespéré, il ferma les yeux, et, quand il les rouvrit, les bourreaux avaient disparu. Paris s'était métamorphosé en un petit village, et le parvis de l'Hôtel de Ville se résumait maintenant à une modeste place des fêtes. L'enfant découvrait la scène avec clarté, car il se tenait sur une estrade. Des rires tonitruants éclatèrent autour de lui, masquant presque les notes dissonantes d'un piano.
Un homme affublé d'une longue cape rouge martelait son clavier avec une telle force que ses poignets se brisèrent dans un craquement horrible. Mais les mains continuèrent de jouer frénétiquement, puis elles tombèrent lourdement sur la scène sans s'interrompre, mimant les gammes en tambourinant sur le plancher. Elles progressaient maintenant avec vélocité vers l'enfant, saisi de terreur !
Le journaliste Gustave Téry secouait énergiquement Gabriel, secondé par la troublante medium, qui agitait sous les narines du jeune homme un flacon de sels. Celui-ci reprit lentement ses esprits, suffisamment enfin pour distinguer la voix de leur hôte et maître de cérémonie, le châtelain Gontrand Le Gac de Lansalut :
<< Chers amis, laissez moi vous présenter Eugène Bigot, premier prix d'harmonie au conservatoire de Rennes, dit le châtelain. Malgré son jeune âge, j'avais pleinement confiance en ses dons, et les événements ont prouvé que j'avais raison. Il n'eut aucun mal à reconnaître la mélodie qui hante notre jeune laboureur. >>
Gabriel aperçut au centre de la pièce, dans le clair-obscur créé par le lustre qui éclairait par intermittences le guéridon, la silhouette d'un garçon frêle et plus jeune que lui.
Ce garçon le fixait intensément, semblant scruter son âme, puis ouvrit un étui à violon, saisit l'instrument, et mis en mouvement l'archet. Une mélodie plaintive, emplie de commisération, enveloppa chaque meuble et chaque être qui se trouvaient dans la pièce exiguë, mais elle semblait s'adresser plus particulièrement à Gabriel, apaisant son âme tourmentée tel un baume purificateur.
Le groupe hétéroclite formé par un journaliste opiniâtre, un aristocrate espiègle, une ensorcelante médium, et un musicien mélancolique parviendra-t-il à unir ses forces pour percer le mystère entourant l'envoûtement du jeune laboureur Gabriel Le Braz ? Vous le saurez en lisant le prochain épisode de RHAPSODIE EN SOURDINE !
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02 juillet 2007
Votre feuilleton de l'été : Rhapsodie en sourdine
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1 commentaires:
Tiens, la 2e saison du feuilleton... Il manque quelque chose comme "Previously, in Rhapsodie en sourdine" :D
Bon, ben je vais relire les episodes de la 1ere saison parce que c'est un peu loin tout de même...
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